Re-learning trauma

As we may have seen earlier, memory being constantly re-generated, re-created and re-directed through sensorimotricity, the uses of symbolic memory select those patterns and structures which it maintains. Those are useful, notably, to social interactions and protection. Moreover, trauma helps or forces us to occupy spaces of interaction that would be likely to keep us safe, or safer than other ways. But one thing that we can learn from the scales in which short-, middle- and long-term memory generate and sustain useful patterns to sensorimotricity and imagination, is that we never learn anything once. What we learn is constantly re-learnt, because memory is never fixed, it is either sustained directly or it is indirectly.

The indirect way is the one of trauma, that builds up around the memory of pain – either slight or large – others ways of interacting with what surrounds us. As we are invited to learn and sustain what is presented to us as viable ways to do so, first by our parent-s or caretaker-s, we all have our own ways of measuring the distance between anticipated and unanticipated trauma. That is, between one that is explained in a way or another by the teaching of social patterns and meaning, and the other that is not and then fully in the charge of the individual themselves – often kept secret.

What we mean to address here is that hopefully, either the one or the other has to constantly be re-learnt and redefined. We constantly have the choice to do so, unless the trauma built around the memory of the wound is too deeply rooted to the ways that we had to find to keep ourselves safe. The way that trauma is anticipated, for example when we teach children to mind danger, can create and elude another kind of trauma that isn’t cleared out to be heard. That is the case in rape culture, when we notably teach little and young girls to mind their behaviour and appearance so not to attract sexual aggressors – the responsability becomes theirs to make aggression not happen. That is also the case with racialised people teaching their kids to mind their conduct so it would not raise racist interpretation, tainting their behaviour with prejudice due to the colour of their skin, more likely to be dehumanised and disposable – the responsability becomes theirs to bear the charge of anticipating racism. The same goes on with other kinds of discrimination based on class, race, gender, sexuality or ability.

But the world of memory is more mobile than we think and the relation to aggression, its memory and the persistance of potential re-enactment can also be redefined. Trauma builds up around the wound, that leaves the mark of the object that is the source of the aggression, which we would try to avoid further on. What is important to understand, to all people who experienced trauma, is that the source of the aggression, the aggressor-s cast aggression on you. The aggression and its contact is the object that makes the memory. Even the face of one aggressor becomes an abstract image and situations of domination are ones where the person-s that cast it use it as a mean of torture – as they can use it again and wield the power on you to do so. But, the object of aggression doesn’t belong to them, it belongs to you, for you create a memory. You can, hopefully, untie it from the person-s that believe they can cast it and submit your identity to this tie. Yet, ultimately, that is you that have the power to situate this memory in your body and not theirs.

The most difficult thing is to abstract the object of the wound from the threat of its re-enactment. As you re-learn everything that you do and know at every moment, for you are one body based on sensorimotricity, you can re-learn and re-direct this object as something that is fully yours to remember, to situate in your life, your past, your present, and define. No one else can define it for you feel it, and the other should be powerless to own that, unless you let them.

That is my call to you : once the thorn is out of your skin, it is no longer what sustains the pain that it might have provoked. This pain belongs to you and you only. And you might want to choose where it will take you.

Note sur la circularité

Nos derniers commentaires sur la notion de neutralité soutenaient un aspect et une exigence critiques. En effet, il s’agit pour nous de trouver un point médian entre exigence clinique et thérapeutique impliquant un temps long, et les contraintes pratiques, sociales et politiques qui induisent un temps plus court, une urgence du quotidien accentuée par des facteurs systémiques. Pour nous, la neutralité (ici appliquée à la psychanalyse) appartient à une terminologie politique implicite que l’analyse intersectionnelle révèle, sinon d’une absence de soucis pour la détermination du ou de la patient-e, du moins d’un non-engagement. Nous discutons ici des termes employés dans la théorie et la pratique analytique et de l’imaginaire que ceux-ci entraînent avec eux, ainsi que leur histoire. Si on défend que seule la neutralité peut aborder tous les sujets, c’est qu’en l’adoptant on se suppose dégagé-e de toute oppression contextuelle, ce qui est une position assez privilégiée. Est-ce que la neutralité tient en temps de guerre sociale, où les espaces par lesquels se projeter dans l’avenir tendent à s’écraser les uns contre les autres ? Et sinon, comment agir sans participer soi-même d’une précipitation dans l’abîme du conflit, et comment pacifier la situation ? Car nous vivons dans des temps de guerre sociale, sur fond de crise écologique, où l’histoire de nos sociétés globalisées montre ses conséquences les plus dramatiques, autant que ses promesses de résistance.

L’exigence thérapeutique – de soin –, qu’elle emploie les outils de la psychanalyse ou d’autres, présente un dénominateur commun : la préservation de l’intégrité physique et/ou psychique de l’individu-e. Nous l’avions mentionné à propos du travail de Darian Leader sur la psychose (What is madness ?, 2011), la tentative de guérison passe par la tentative de se préserver soi-même. Pour ce qui est d’une guérison psychique, le but est d’aboutir à une autonomie affective de l’individu-e vis-à-vis des autres. Cela veut dire que l’autre ne s’impose plus comme le recours principal à sa propre préservation ; mais que chacun-e acquiert la possibilité de choisir sa participation à un devenir commun, c’est-à-dire l’auto-détermination et sa mutualité nécessaire.

L’analyste, dans le champ thérapeutique, choisit d’être là et de participer. Il n’y a rien de moins neutre là-dedans. Néanmoins, iel le fait en sachant que le but est de ne plus servir soi-même, en tant qu’autre, d’objet de compensation et de confusion entre ce qui participe de l’imaginaire anxieux de la personne ou d’une réalité partagée où chacun-e a sa part dans le consentement, ainsi que la capacité de projection individuelle et collective à long terme. Puisque le langage est une voie de convention, c’est la part volontaire de celle-ci qui est en jeu. Nous créons donc, dans l’espace analytique et thérapeutique, un espace de circularité qui permet à la personne de revenir à soi-même, tout en se situant avec lucidité et ouverture dans l’espace collectif. Cette circularité doit être engagée par la personne de l’analyste ellui-même, tout en choisissant ellui-même avec lucidité de quelle raison iel est à même de coopérer. L’idée de la neutralité évoque une zone de non-droit, où la demande tombe, un mur, une absence de réponse. Que l’analyste réponde la même chose, renvoie la personne à la circularité de l’espace qui engage un consentement mutuel, cette valeur de miroir est bien loin de la neutralité, parce qu’à tout le moins, elle dit : je vous écoute. Il n’y a pas d’écoute sans réponse, même si cette réponse est un engagement à ce que la personne parle de soi et puisse le faire en toute sécurité.

Nous semblons pinailler sur un terme et ses équivalences, mais si un pan de la théorie psychanalytique tient tant à l’influence des mathématiques, qu’iel songe seulement qu’en mathématiques, la neutralité renvoie à un ensemble vide. Un ensemble vide ne peut donner lieu à aucune application. Il ne sert à rien, et à moins d’éprouver une fascination pour ce rien, il reste que la demande du corps est inaliénable, puisqu’elle sollicite le fondement de la sensorimotricité des êtres vivants. En effet, l’hypothèse du paradoxe sensorimoteur nous apprend que l’aporie du langage et du signifiant n’est pas un vide, mais un banal blocage neuronal. C’est tout de même quelque chose. Il n’y a pas à chercher plus loin dans ce mystère-là, à moins d’en faire l’expérience pour elle-même, car l’on pourrait tout aussi bien s’y perdre à l’infini, et c’est l’impasse de la négativité de l’analyse. À un moment, l’analyse doit apprendre à « nettoyer », à pacifier l’esprit à partir du centre de toute demande, qui est de se positionner comme sujet d’un discours qui engage l’écoute et la réponse de l’autre. De là, on peut permettre l’apprentissage de la mutualité, parce que notre vie entière de langage est basée sur la convention. Il s’agit donc sûrement d’apprendre à se mettre d’accord sur ce qu’on désigne par le réel et la diversité des vécus et de ses expériences. L’analyse engage le mouvement et fluidifie la reconnaissance des accords locaux passés et présents, établissant la simplification des principes qui les régissent, leur réactualisation et leur éthique, la faculté d’auto-détermination et la capacité à aider d’autres dans cette faculté. Car l’analyse de soi engage l’analyse des autres.

C’est en ouvrant cet espace que nous voulons finir ce petit cycle sur la question de la neutralité.

Crédit photo : « Papillon », La Fille Renne ❤