Trois questions sur la psychanalyse

Qu’est-ce qu’on entend par la psychanalyse ?

Au-delà de son histoire et de ses écoles, la psychanalyse est un principe, postulant qu’on peut aborder la vie de l’esprit par l’un de ses principaux vecteurs : le langage, sous toutes ses formes (verbal, mais aussi gestuel et graphique – une grande part des interactions discrètes entre deux personnes étant non-verbales). Dans la mesure où il conditionne notre rapport au monde, comprendre comment le langage conditionne l’accès au sens pour chaque personne est un des premiers enjeux de cette discipline. Chaque personne a une vie psychique qui lui est propre et le minimum d’humilité de la part d’une personne se prétendant analyste est de reconnaître la singularité du territoire qu’il constitue au cas par cas – et en même temps des constantes déterminées par le champ social. Il faut donc prendre compte autant de cette singularité individuelle que des contextes locaux et globaux (familiaux, sociaux, culturels et symboliques) qui conditionnent l’émergence d’un discours sur soi-même. Étant dépendante des rapports de force qui poussent les individu-e-s à s’adapter à leurs milieux de vie, la pratique de la psychanalyse ne peut qu’être située et consciente de ces contraintes systémiques.

Pourquoi la psychanalyse doit-elle prendre en compte les dynamiques politiques de genre, de race, de classe et le validisme ?

Lorsque des mécanismes d’oppression sont structurels, ce n’est pas concéder au patient ou à la patiente que de reconnaître ces formes d’oppression. Celles-ci constituent une torsion palpable du vécu psychique et émotionnel des personnes qui les subissent au quotidien, souvent dès leur enfance. Au-delà de les poser seulement en victime de ces facteurs oppressifs, lesquels ont tendance à retourner la culpabilité de ces oppressions contre ces mêmes personnes, il est important de souligner la portée critique que doit avoir l’analyse. Refuser de comprendre la portée des stratégies concrètes et systémiques, récurrentes de domination, c’est refuser à ces personnes le droit à s’auto-déterminer en connaissance de cause. Déclarer que la psychanalyse n’a pas à s’occuper de ces enjeux reviendrait à déclarer que l’esprit détiendrait un caractère absolu, qu’il tomberait du ciel, en occultant le fait que l’histoire de la psychanalyse est partiale. Elle doit pouvoir elle-même porter un regard critique sur son ancrage occidental, issue d’un positionnement privilégié, blanc et patriarcal dans nos sociétés capitaliste (désormais à tendance néo-libérale). Or, la psychanalyse n’est pas là pour être garante d’un ordre politique ou social dont elle pourrait tirer un privilège, mais de la préservation d’une éthique à la fois individuelle et collective.

Quelle utilité peut avoir la théorie des trois paradoxes pour la psychanalyse ?

En tant que théorie de l’anthropogenèse fondée sur le principe sensorimoteur, elle permet d’appréhender les structures cognitives de l’esprit humain de la façon la plus neutre possible. Elle incite en effet à se sortir d’un ancrage culturel pouvant biaiser l’interprétation, en fournissant une méthode intuitive d’analyse adaptable à tous les terrains socio-culturels et symboliques. Offrant ainsi un cadre structurel minimal et large, elle permet d’être toujours à même de relativiser ses préconceptions lorsqu’il s’agit de comprendre la vie psychique d’individu-e-s autonomes, et tout autant que nous-même inter-dépendant-e-s des autres et de leurs environnements d’interaction. Elle convertit aussi l’événement que fut la genèse de l’esprit humain d’une nécessité à une contingence. Il n’y avait aucune prescription à ce qu’elle ait lieu, et il ne tient qu’à nous, qu’à notre responsabilité de fonder une éthique mutuelle qui permette à chacun-e le droit à la compréhension et à l’auto-détermination.

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