III. Vulve, réel et symbolisation

Image extraite de la publicité Nana, « Vive la vulve »

En France, une récente polémique a été ouverte autour de la campagne de pub de la marque de serviettes hygiéniques Nana, laquelle figurait ouvertement le sexe féminin sous la forme de cocotte en papier, de fruit et autres illustrations métaphoriques. On aurait pu émettre des objections quant à la récupération mercantile de la question de la représentation de la vulve, néanmoins l’objet des plaintes en était le caractère « obscène » de la représentation. La chaîne YouTube On se laisse la nuit s’interrogeait alors de la différence de traitement avec des publicités notoires, comme la fameuse pub Perrier, figurant de manière plus ou moins subtile la métaphore phallique sans que personne ne songe pour autant à s’en plaindre.

En effet, la proportion d’illustrations plus ou moins explicites du sexe masculin par rapport à celles de la vulve est assez écrasante et banalisée. Alors pourquoi cette réaction face au fait de représenter le sexe féminin de manière publique et ostentatoire ?

Peut-être, justement, parce que la vulve n’est pas passée au rang d’objet symbolique autant qu’a pu l’être le pénis. A force d’être représenté sous diverses formes, d’être passé dans l’usage courant et dans le langage de manière abstraite, non forcément liée à son contenu, on peut tout à fait user du signifiant et du symbole phallique pour lui-même, de manière autonome, tel que s’inscrivant dans les interactions sociales – c’est-à-dire comme le produit d’un échange. L’échange du symbole permet d’évacuer et d’éclipser la vulnérabilité de l’objet réel une fois exposé.

Or cette autonomie symbolique n’a pas été acquise pour ce qui est de la vulve. Sa représentation renvoie donc presque toujours à l’expérience de la chose réelle et donc, il n’y a pas d’intermédiaire symbolique à sa dimension sexuelle. Comme on n’a pu extraire le symbole de la référence directe à la chose, la représenter ne résulte pas en un échange symbolique, où je prends le symbole pour ne pas voir la chose.

Au contraire ici, la représentation met le sujet face à la chose qui d’habitude ne se représente pas, avec toute sa charge de réel, et crée un choc qui n’est pas compensé par une structure symbolique, culturelle et sociale suffisamment répartie et équilibrée.

Si la représentation de la vulve choque, c’est que sa dimension sexuelle autant que sa dimension asexuelle n’ont pas été prises en charge par l’appareil symbolique des structures internes à nos sociétés. Face à cette défaillance, le sujet se voit exposé à une évocation d’expériences sensorielles qui peuvent le mettre en défaut.

C’est cette mise en défaut qui provoque une réaction puissante de rejet, de défiance et de stratégie de riposte.

Lire aussi « Depuis quand la vulve est-elle obscène ? », article du 15 octobre 2019 paru sur le site The Conversation.

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