II. D’une généalogie du genre

Credit : Doll by Olluna Dolls – Photographic credit : Anna Rakhvalova

Il doit bien y avoir une généalogie et une archéologie du genre, où se trouveraient sédimentées les diverses contributions consécutives des communautés de femmes et d’hommes à la définition des groupes qui constituent les définitions de genre. La topologie du monde symbolique où les individu-e-s sont perçu-e-s en fonction de leur sexe et des fonctions qui lui sont attribuées est une chose qui se fonde dans la vie de la communauté, et notamment la vie des groupes à l’intérieur d’elle – c’est-à-dire encore, de manière intra-culturelle.

Le genre, tel qu’il est perçu au XXIe siècle, est le résultat d’une histoire, laquelle se trouve être, même en Europe, plus vieille que le christianisme. Je trouve qu’il serait sain de ne pas perdre de vue que les structures culturelles et sociales, de par leur fonction, sont reproductibles et dès lors, que les normes qui en résultent sont le résultat de ces reproductions successives dans le temps et à travers les générations.

La pression mimétique des groupes, qui assure leur cohésion, met à l’écart les éléments divergents. Elle exerce de fait une sélection dont les critères sont liés à l’homogénéité de la perception des groupes sociaux. Car il s’agit toujours d’une donnée subjective. Le champ de la perception symbolique des réalités sociales se vit en tant que celle-ci ancrée dans l’agissant. On entre en plain dans la mise en action de l’individu-e à l’intérieur d’un réseau de sens. Ces modalités de perception de l’autre en tant que membre agissant au sein d’un monde régi par des fonctions symboliques, participent d’un effort d’écriture, de délimitation et de fixation des identités – celles-là fictives – qui s’offrent dès lors à la description. Pour décrire la réalité perçue, il faut d’abord poser les termes de la description, dont les outils sont susceptibles d’évoluer.

Il est délicat de considérer les constructions sociales actuelles comme une donnée inaliénable, dans la mesure où celles-ci sont en conséquence le résultat d’une sédimentation. Nous devrions au contraire considérer ces sédimentations comme un possible qui, à un moment donné, a été réalisé puis maintenu dans le temps, mais qui aucunement ne devrait constituer une injonction ni une contrainte définitive.

La cristallisation du modèle hétérosexuel vient couramment s’opposer dans l’idéologie dominante à la « dépravation », la « dégénérescence », la supposée décadence des autres voies de réalisation, lesquelles renverraient alors à une sorte d’étape primitive du développement des civilisations, à laquelle il s’agirait de retomber. Or, que ce soit pour le christianisme ou pour les autres idéologies totalisantes vis-à-vis du genre, il s’agirait surtout de reproduire des structures de pouvoir profondément androcentrées, où le maintien du référent masculin serait prioritaire à bien d’autres enjeux.

Comme il faut bien donner une raison à cela, une justification, l’argument d’une différence naturelle entre les hommes et les femmes s’impose souvent comme une évidence. Il s’agirait d’un argument d’efficacité donc, car efficace dans la reproduction des structures et mécanismes sociaux dominants.

Il serait intéressant d’interroger l’historicité des structures collectives et intra-communautaires de genre, et ce de manière comparée et inter-culturelle, non pour évoquer un passé idéalisé et révolu, mais bien pour souligner l’importance d’un choix politique de société qui fut effectué en cours de route. C’est en soulignant le point de cristallisation et les prototypes de forme mettant en relation pouvoir au sein de la communauté et organisation symbolique du genre, que nous parviendrons à nous défaire de l’idée que « faire société » d’une certaine manière n’est pas une fatalité, mais bel et bien un choix – en l’occurrence, un choix de société déterminé par des enjeux de domination généralisés.

La question du sens est une question fictive, dans la mesure où elle joue dans le champ symbolique. Nous nous livrons nous-mêmes, dans ce cadre, à l’acceptation des relations de pouvoir et le cas échéant, de domination et de soumission.

Sur les conclusions à en tirer, pour le moment, nous laissons la question ouverte.

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